En Guyane. Aller simple sans retour. 2010-2011 c

1. Le journal de mes six mois de voyage. A Fortaleza.Première et deuxième maisons.Chez Maria. Chez Francesca.

Publié par   : virginieleveque le  : 1 octobre 2008

 

Le journal de mes six mois de voyage.

A Fortaleza.Première et deuxième maisons.Chez Maria. Chez Francesca.

 

 

 

Quatre février 2008.  Aéroport de Cayenne Rochambeau.

C’est le matin, l’aéroport est quasi-vide, c’est la semaine de carnaval  ici en Guyane, personne ne part et ce n’est pas l’heure de l’avion pour Paris.

Mes trente kilos de bagages à la main dans cet aéroport transparent, j’y suis. Je suis prête définitivement.

Il tombe des cordes sur Cayenne, il fait froid dans l’aéroport.

J’ai plein de minutes sur mon forfait qui ne me serviront plus à rien. Je téléphone à mes meilleurs amis, à ma meilleure famille. 

Seule dans l’Aéroport de Cayenne Rochambeau  j’ai quand même une drôle de petite impression de plus rien du tout. Ca dure pas.

 

L’avion part en retard mais sans  problème. On survole un bon bout de jungle, plein d’eau  jaunâtre, pleine des alluvions de l’Amazone. De l’eau, des immenses îles vertes et une île de buildings au milieu de ce vert c’est Belém. Les immeubles arrivent au ras de  l’eau. On rase la  cime des arbres, on frole la surface de l’eau. 

Je retrouve cet aéroport avec une vraie joie. Contrôle draconien des bagages, la jeune femme devant moi doit laisser tous  ses fromages français à la douane. Moi je n’ai pas de végétaux, ni d’animaux, ni de bouffe française seulement quelques  kilos de médicament. Alors c’est bon pour les douaniers  Après l’aéroport de Cayenne celui ci est une ville lumière. Grand, neuf, clair, des plantes et de la lumière partout, des boutiques des banques, des pharmacies, los correos et des petits troquets de glaces, de salgados, des restaus, le coiffeur. J’y suis comme chez moi. J’adore.  Je traîne dans l’aéroport comme des retrouvailles, je m’occupe de mon quotidien qui commence là. Réals brésiliens,  carte téléphone,  transfert d’avion. Parler portugais c’est le voyage. Je biche, je me sens monumentale. Tranquille, posée dans cet endroit,  je mange une énorme glace  tranquille dans ce troquet.

 Ça y est je suis ailleurs, partie, ici chez moi. Je fais partie de ce décor là.  Dire que je suis super contente c’est rien..

 

En avion jusqu’a  Fortaleza,  ma voisine est cadre dans l’humanitaire, elle bosse à l’étranger en Afrique du Nord ,Mauritanie, Algérie, en France, sympa. Elle parle français aime la France, l’Afrique, pour elle les pauvres l’urgence c’est ailleurs, pas ici au Brésil en tout cas.  Là elle rentre dans sa famille, en vacances quelques jours, chez elle  dans la campagne après Fortaleza.

 

Ce petit avion de la TAF est un omnibus  il s’arrête partout  Belém, Sao luis, Fortaleza, Recife, Salvador de Bahia, Je l’ai déjà pris l’an dernier  jusqu’à Sao Luis, petite ville patrimoine de l’humanité, en piteux état ville, la ville aux azulejos. Son nom est en l’honneur du roi de France Saint Louis. C’est là où j’ai rencontré Roberto, Marconens et Ereupides avec Sassabera dans des bateaux.

Bon j’arrive à Fortaleza.

Maria Liduina m’attend avec une pancarte à mon nom dans le hall de l’aéroport, elle  me reconnaît immédiatement,  grâce à la photo  du perfil HC. Maria est ma première hôte de ce voyage.  Elle fait partie de l’association de voyageurs Hospitality club. Elle est choquée de mon sac, moi aussi du coup,  mon sac paraît si riche tout à coup. Nous sortons de l’aéroport et allons prendre un bus. Nous traversons les rues de Fortaleza. Tout est désert, il n’y a personne pas de  voitures, pas de piétons, pas de trafic, pas de carnaval. Comme c’est étrange ! C’est déjà le soir il fait  entre chien et loup, gris et vide. Maria habite très très loin de l’aéroport, très très loin du centre de Fortaleza, très très loin des plages. On prend  plusieurs bus de banlieue pendant plus d’une heure. Maria Liduina est énorme. Elle est aussi très triste, très indifférente. Elle a une force de cheval. Elle soulève ma valise de 30 kilos d’une main pour passer les tourniquets étroits  des bus. Tout à coup elle me raconte que son fils a été  assassiné il y a 11 mois dans la rue près de la maison où elle habitait avec toute sa famille. Elle ne pouvait plus rester là bas, elle est venue habiter dans une vieille maison de sa mère avec ses enfants, là où nous allons. "a casa simple". C’est très loin, c’est très vieux, personne de sa famille n’a jamais habité là-bas,  c ‘est pour ça que ça va. (?)  Depuis presque un an  elle ne sort pas, ne fait rien, ne dit rien, elle est contente que je vienne chez elle. Elle pense que je vais rester un mois. Euh! non pas du tout, seulement quelques jours deux ou trois. Ah, le dernier hôte qu’elle a reçue est resté plus d’une semaine. Après plusieurs changements de bus aux "intégrations" nous arrivons dans  son quartier. Nous sommes loin du centre touristique de Fortaleza, loin des plages, de l’autre côté du fleuve Ceara, que nous traversons d’ailleurs, nous allons là où les plages sont populaires où les rues ne sont pas toutes asphaltées.

J’arrive avec Maria chez elle, là nous retrouvons son plus jeune fils, sa jeune belle fille et le bébé, ses deux autres fils vivent là aussi mais je ne les vois pas ce soir là. La maison est toute délabrée, sans porte sans fenêtres, quelques meubles, plusieurs chiens. Ils paraissent loin de tout ça, loin de cette réalité, indifférents, comme si tout était ordinaire ici. Je suis super bien accueillie, on commande des pizzas et  on boit du jus d’ananas frais, mais un peu pourri. Je prends le bébé sur mes genoux deux minutes, et toc il me vomit dessus, bien joué!

La maison est misérable, il y a à peine quelques cuillers et assiettes, rien  à manger et à boire tout est absolument sale, et en très mauvais état. Sauf la télé le lecteur de DVD, l’appareil photo. C’et un taudis en fait. Mais Maria ne le voit pas. Ses enfants non plus d’ailleurs. De toute façon je ne vais pas partir. Maria Liduina bosse dans un restaurant avec ses fils. Avant, avant l’assassinat de son fils elle était agent immobilier. Elle louait des appartement dans le centre balnéaire de Fortaleza pour les "italiens". Elle parle trois ou quatre langues.

Je me couche sur un matelas à même le sol, celui d’un fils qui n’est pas là et qui me le laisse Très gentil. Je crois qu’il est parti en virée avec des potes. J’ai des draps propres. Ils font beaucoup d’effort pour moi. Merci beaucoup.  Oh ! Mon dieu il y a plus de choses et de valeurs dans ma valise que dans toute cette maison.

Je me couche j’ai un semblant d’intimité entre deux parois, c ‘est moi qui ai l’endroit le plus  isolé d la maison, de la tanière plutôt. Les trois fils sont comme une meute autour de leur mère.

 Mon dieu ils sont si tristes, anéantis, tous en état de choc.  C’est le fils le plus jeune qui a été assassiné à 19 ans par balle dans la rue en face de chez lui. Quasiment devant sa famille!

Ces trois autres  fils ont de 20 à 23 ans. Si tristes, si transparents.

 

Le 5 février

"Café da manha no ha nada na casa , vou comprar tudo pra comer, bolo, café, doce de lette."

Le matin je me réveille, dans la pièce qui sert de cuisine rien à manger, tout est super dégueu, tout le monde dort,  waouh! que faire, bon ben comme chez moi alors, une douche  et après j’enjambe les dormeurs et ouvre la grille sur la rue. Ouf je respire. Je me balade dans ce quartier, je trouve le "mercadinho", petit super marché, la boulangerie, le cybercafé,  alors pour le coup dans la rue  je suis super bien, impec, j’achète des trucs à manger, un peu fête, des gâteaux frais, du cafè, de la "doce de lette" on appellerai ça confiture de lait, un délice. Je suis un peu mal chez eux, j’ai besoin de faire des trucs. Je suis invitée, je fais les courses du p’tit dej’ ça se tient. Ben pour moi ce matin là tout de suite c’est du bonheur.

Dans la journée on part toute les deux, Maria et moi, visiter sa mère et sa famille.

Elle s’occupe de moi parfaitement, on est joyeuses. On prend plein de bus, on change aux intégrations, elle m’explique tout bien pour ne pas me perdre plus tard. Elle est vraiment adorable avec moi. On change tout à fait de coin de la ville. Sa famille, son frère, ses sœurs, les beaux frères, sa mère, les nièces,  neveux, oncles et tantes habitent dans la propriété. La plantation c’est très grand, très vert et pourtant en pleine ville, dans un quartier proche de l’aéroport. C’est une plantation d’acérola et d’autres  arbres fruitiers. Il y a plusieurs petites "maisons" où toute la famille vit groupée. La maison de son fils décédé a été détruite. Celles des autres fils de Maria sont vides. Les maisons sont comme des petits cubes posés en enfilade les uns après les autres qui communiquent tous entre eux, avec des toits en tuiles rouges. Certains cubes ont l’eau courante, d’autres non, les uns ont la douche, les autres autre chose. Mais tous ont la télé. Je ne sais pas combien ils peuvent être dix, treize ou plus et tous les enfants.

Toute la famille est là, c’est la semaine de carnaval, c’est férié. Ils sont tout à fait charmants avec moi.  Nous partons nous promener dans la plantation, il y a plein d’arbres fruitiers  certainement typiques du Brésil que je ne connais pas. Il y a des singes dans les arbres, génial!

Nous rencontrons son vieil oncle, au fond de la plantation. Il nous fait un café sur un petit feu de bois au coin d’une petite cabane au fond du verger. C’est un professeur de sociologie à la retraite. On discute, politique, France, Brésil, riches pauvres, tout ça. Plus tard le frère de Maria me prépare un jus de caja, c’est divin. Le caja c’est  un petit fruit jaune délicieux très sucré, qui ne ressemble à rien que je connaisse, ni le goût ni l’odeur ni l’aspect. Je crois qu’il n’existe qu’au Brésil, en tout cas je n’en ai jamais trouvé ailleurs,  il  me ramasse quelques olives aussi crues c’est vraiment pas bon. Je suis ravie. Je suis aux anges dans ce verger.

On glande des heures, ils m’installent un hamac entre  deux arbres. Je somnole.  Maria à de nombreuses sœurs, elles discutent toutes ensemble. Chacun bidouille pour s’en sortir. La plantation ne fait pas vivre tout le monde. L’un vend des encyclopédies, l’autre des produits protéinés de musculation, sans autorisation de mise sur le marché, et la troisième vend des produits AVON. Les réunions tupperware ont encore de beaux jours ici.  Bon vraiment sympa cette journée en famille.

Longtemps  après on mange. C’est très drôle dans chaque famille quelqu’un a préparé quelque chose à manger, je mange un peu de tout avec tout le monde dans chaque maison, du riz, du poisson, de la pizza, et encore du jus de caja. On ne mange pas assis à une table, mais chacun s’assied où il peut avec son assiette pleine et une fourchette.  Simplex!

Tous ces gens sont sympa, super gentils avec moi. Je vois bien qu’ ils se moquent un peu de moi, comme si je débarquais d’une notre planète. Mais oui en fait j’ai moi aussi l’impression de débarquer d’une autre planète. Après longtemps, tout à coup nous partons Maria et moi à la plage. Pour me faire plaisir bien sûr. On se retape une bonne heure de bus mais dans une direction tout à fait nouvelle cette fois-ci .

Dans ce bus, complètement incroyable, un mec complètement allumé prêche. Il prend tout le bus  à témoi, il chante, lit la bible, sans cesse, comme s’il était à l’église devant un parterre de fidèle, je suis stupéfaite mais Maria trouve ça ordinaires et chante avec lui. Why not. Donc je ne la ramène pas, et on arrive tranquille du côté de la plage. La plage s’appelle "Praia do futuro". Alors là pardon, y a la mer, la plage, des milliers de parasols, des tables, des chaises, des restaurants de crabes, de crevettes, de poisson, et de bière, tous les pieds dans l’eau,  donc y a pas un bout de plage vide, et il n’est pas question de s’allonger sur une serviette sur le sable. Personne ne fait ça et de toute façon il n’y a pas la place.

Venir à la plage c’est venir s’asseoir à une table sous un parasol face à la mer avec au moins  de la bière, et des trucs à manger. Rares sont les baigneurs. La mer est démontée. Infernale. Les vagues sont très  très fortes. La mer est comme à Biarritz mais en chaud. La musique est assourdissante. Toute la journée, tout le monde danse à la plage. Chaque restaurant à sa piste de danse ses DJ,  voir ses groupes. Enfin on est là Maria et moi assises à la plage, elles cherche un ami italien au téléphone où à la plage je n’ai pas bien compris et moi je vais me baigner, enfin de l’eau bleue propre chaude ! Je grignote des "camaraos", crevettes.

Bon c’est super .

On repart, en bus, pour le centre de Fortaleza, on va chez l’ami italien qu’elle n’a pas rencontré tout à l’heure. Alors là on se retrouve dans un super immeuble en plein centre-ville de Fortaleza, chez des Italiens donc. Maria est vraiment agent immobilier, elle trouve des appartements à la location pour des hommes italiens qui viennent ici chercher des femmes brésiliennes, pour passer leurs vacances. (!) Ca existe comme ça depuis plus de dix ou quinze ans. Ça paraît incroyable. Mais le centre de Fortaleza vit de ça et comme ça.  C’est une grosse partie de l’économie de Fortaleza. Que des italiens. Étrange non?

Son ami italien découvre qu’elle a pris 80 kilos depuis l’an dernier, elle lui apprend la mort de son fils. Ça le dérange visiblement qu’elle raconte ça, c’est sa copine mais il n’a pas envie qu’elle raconte ce drame.

Maria a eu quatre fils Issac, Ismael, Israel, Josue. C’est Israel qui s’est fait tué dans la rue à dix-neuf ans quasiment devant chez lui, en face de la plantation et il y a un an à peine.  C’était le soir, à la tombée de la nuit, un jeune gars avec qui il parlait s’est fâché, a sorti un revolver et a tiré. Depuis sa vie a basculé, elle a tout perdu, le bureau d’agent immobilier…

Elle parle italien. On boit un petit café serré, italien bien sûr.

Il fait nuit on admire les lumières de la ville et les plages du balcon du  quinzième étage ! Bien sûr, on reprend un bus pour retourner chez elle. On aura fait tout le tour  de la ville en bus et Fortaleza c’est vraiment grand. On rentre par la côte pour que je voie les plages, elle est adorable  Maria, je suis un peu cassée, quand même.

Dommage c’est le moment du carnaval ont  a oublié la parade.

Maria va bien, elle est contente. Ca fait des mois qu’elle n’avait plus l’envie ni le courage de sortir.

 

 Bon ce soir  rideau. On mange des espèces de galettes frites fourrées à la viande, j’ai oublié leur nom ce n’est ni bon ni mauvais mais c’est vraiment gras. Non en fait c’est plutôt pas bon. Ce soir à la maison il y a Maria, son fils Ismael, sa deuxième femme, leur bébé de quatre mois et moi. Ismaël est le père du bébé mais il a déjà eu une autre femme avec qui il vivait à la plantation dans un petit cube à lui. Il a déjà un petit garçon de quatre ou cinq ans. Ismaël a à peine vingt ans. On regarde le carnaval à Rio a la télé. C’est époustouflant. A Rio,  le carnaval n’est pas dans la rue. C’est plutôt une fête privée, un défilé dans un quartier de la ville quasiment fermé pour l’occasion. Les places sur les gradins s’achètent à prix d’or. C’est tout sauf un carnaval populaire mais c’est vraiment beau. Exubérant! "La passerella". Le thème cette année c’est l’histoire de France, l’arrivée de Napoléon au Portugal. Tous les costumes sont aux couleurs  de la France, il y a des cocardes partout. Toutes les danseuses sont habillées comme à la cour de Marie-Antoinette. C’est vraiment extra. Ca dure des heures et des jours. La télé retransmet les carnaval de toutes les villes du Brésil tout le temps. En fait les défilés de carnaval se sont des concours entre"bloques". Chaque quartier prépare les danses, musique et costumes. C’est le bloque.

 

Le 6 février

Le lendemain matin tout le monde dort bien sur dans la cabane, je vais acheter des trucs à manger boulangerie, gâteaux. Il y a déjà plein de monde dans la rue c’est un vrai quartier ici, je remarque que les gens me reconnaissent, c’est sur qu’on voit que je ne suis pas d’ici !

Je vais au cybercafé à côté du resto de brochettes, sur msn je tombe sur les amis brésiliens de Fortaleza rencontrés l’an dernier. Tiens je les croyais partis hors de Fortaleza pour carnaval, mais ils sont déjà revenus.  On décide de se voir ces jours ci, ils vont me faire découvrir leur ville.

 

Aujourd’hui Maria doit travailler au restaurant et elle me propose de m’ amener à la plage du centre-ville de Fortaleza.

Midi, c’est parti on prend plein de bus le long de la côte, pour me faire plaisir bien sûr, j’ aurais visiter toute la ville en bus. Et oui c’est vrai, depuis le bus je vois toutes les plages. Depuis le fleuve Ceara, jusqu’au centre-ville. Ah oui le fleuve c’est là que pêche Ismael. Les plages font des kilomètres, on traverse  tous les quartiers de l’extrême banlieue au super centre, toujours avec vue sur la mer, plein de rues de maisons basses, ensoleillées. Désertes les rues. Maintenant ce sont de grands immeubles, hypermodernes, en verre fumé, une promenade des Anglais, un grand marché artisanal, des dizaines de boutiques de téléphones portables, enfin des petits restaurants de fruits de mer tout le long de la plage, des parasols, des bouquets de téléphones bleus, qu’on appelle des "oreilles" prononcez "oreillons", des vendeurs de noix de coco, de la musique. On est à Berra Mar. Très chic.

Du centre-ville nous longeons la mer jusqu’à la plage prévue par Maria. Elle a choisi une plage sûre pour que je reste seule, une plage où je ne risque rien. Fortaleza est quand même une grande ville du Brésil assez peu sûre.  Là elle connaît les restaurateurs de la baraque buvette et aussi deux italiens qui sont attablés là les pieds dans l’eau devant des bouteilles de bière. Trop fort Maria! Elle discute, on fait connaissance puis elle me laisse avec les deux italiens et va travailler.

Les deux italiens avec lesquels je passe l’après-midi j’ai envie de dire que ce sont "deux vieux beaux" typiques de Fortaleza. Ils ont une bonne cinquantaine, sont mariés, et viennent ici depuis huit et dix ans passer quelques semaines ou quelques mois "pour les femmes". Ils louent un appartement dans ces grands immeubles modernes du centre-ville à deux pas de la plage, et vivent en couple avec une femme brésilienne qui n’est pas la leur. Ensuite ils retournent chez eux en Italie. L’un des deux possède une grande exploitation agricole en Italie où il travaille avec sa femme et ses enfants. Quand il rentrera sa femme partira alors en vacances. (!) L’autre est entrepreneur de pompes funèbres, dans la région de Turin. Je prends leurs cartes de visite. Je ne pense pas les appeler bientôt !

Sinon pour la photo: je déguste une tranche de thon blanc grillé, de la bière fraîche, à l’ombre d’un parasol en paille.  Pour le son, je parle en français,  ils parlent en italien,  et pour les mots compliqués on parle en portugais. Et bien sûr, enfin, un bain de mer géant. Bon c’est pas mal!

Ensuite je m’occupe de mon téléphone portable. Je dois acheter une carte SIM , en brésilien "cartao chip". Ne me demandez pas pourquoi, mais ça s’achète dans les pharmacies. Je galère à peine et me voilà avec un numéro brésilien.

En fait ça ne va pas être si facile que ça d’utiliser le téléphone portable dans tous les pays d’Amérique latine. Ici au Brésil par exemple, il y a des codes régionaux, urbains, pour les fixes, pour les portables, et selon les opérateurs. Je vais passer des heures, et des minutes très chères, à ne pas réussir à joindre mes correspondants.

Pour le moment je me balade sur le front de mer. Je biche.

Quand la nuit tombe, vers 7heures,je rentre. Je prends tous les bus, je change aux intégrations. Les intégrations ce sont de véritables gares de triage. Des dizaines de bus vont dans toutes les directions. Il vaut mieux avoir des indications précises sur sa destination et parler portugais. Les brésiliens maîtrisent peu voire pas du tout l’anglais. (Il n’y a pas de langues étrangères dans les collèges.) J’en ai pour une heure et demie. En fait je me régale de me balader seule dans ces bus. J’arrive sans encombre à"Jardim de Guanabarra". Je m’arrête manger des brochettes avec une petite bière, sur un bout de trottoir, avant de rentrer chez Maria. En fait je suis super bien dans ce quartier. (Mais quand même je vais changer de cabane demain.)

Zut. Elle était très inquiète. Elle m’a appelé plusieurs fois sur le portable, mais j’avais le mp3 sur les oreilles et les rues et les bus sont bruyants, j’ai pas entendu la sonnerie. Désolée!

Fortaleza pendant la semaine du carnaval est vraiment une ville complètement vide. Pas de voitures, aucun trafic, tout est fermé, personne dans les rues. On dirait vraiment une ville morte. Je comprends alors que tous ceux qui travaillent partent hors de Fortaleza, troisième ville du pays, pour cette semaine de vacances. Il y a des carnavals magnifiques dans tout le Brésil, mais à peu près rien à Fortaleza. Même dans le quartier populaire où habite Maria tout est fermé. Là par contre personne n’est parti en vacances.

 

Le 7 février

Aujourd’hui je change de campement. Je vais chez Francesca, une professeur d’université.

Maria a envie de me faire partir en moto taxi. Avec les trente kilos de bagages ça va pas bien aller.

On discute un bon moment, ce qui l’ennuie c’est le prix. bien sûr. Une heure de taxi. On traverse tout Fortaleza, de " Jardim de Guanabarra" bien loin après le fleuve Céara jusqu’aux quartiers chics sur les hauteurs. Claudia n’est pas la elle travaille à l’université. Tiens, c’est la semaine de carnaval tout le monde semble en vacances, mais peut-être pas. Cependant il y a toujours quelqu’un chez elle.

J’ai changé de quartier ici il y a des employés dans les maisons. Elles m’attendent. Je m’installe dans une petite maison dans le jardin, c’est en fait la chambre de la fille de Francesca. Deux grandes pièces et salle de douche, les baignoires n’existent quasiment pas au Brésil. Quel changement. La maison est une maison d’architecte. Boiseries, mur d’eau, tableaux, meubles hypercontemporains.

Aujourd’hui repos. Je passe l’après-midi à la plage. Je vais manger dans le restaurant où travaillent  Maria et ses fils. Il appartient à un de ses amis italiens qui lui donne un coup de main comme ça.  Je fais mes adieux à Maria Ismaël et Issaac. En sortant je croise les Italiens de la veille mais en couple. (!)

J’ai la bonne idée de retourner à la maison de Francesca en moto taxi. Après coup je pense que c’est quand même un peu dangereux la conduite des moto taxis dans le trafic. On me dira plus tard que c’est "le taxi des pauvres" et que ce n’est pas bien que je le prenne. OK je m’en souviendrai. Je me suis aperçue que le conducteur de la moto taxi ne connaît pas du tout le quartier de Claudia. En général ses clients ne vont pas par ici. En descendant de la moto, comme la plupart des néophytes, ma jambe touche malencontreusement le pot d’échappement. Je vais garder cette vilaine brûlure du plus bel effet au milieu du tibia un bon mois.

Je rencontre Francesca. C’est une femme d’une soixantaine d’années, très dynamique, vétérinaire prof d’université. Elle mène des recherches pour mettre au point des remèdes pour animaux à base de plantes. Francesca a été mariée à un français, a vécu pas mal d’années en France. Elle parle un français impeccable. Je suis sa première hôte. Nous faisons partie de la même association internationale de voyageurs. Amphitryon ou hôte, c’est une petite aventure pour toutes les deux.

Ce soir repas de poissons avec Marconens et Roberto. Les deux brésiliens rencontrés l’an dernier sur un bateau. L’un a une entreprise de fabrication de jeans, l’autre est prof de biologie à l’université, spécialiste de la reproduction des crabes. Normalement ils sont une bande de 3. Trois célibataires brésiliens de 35, 49 et 60 ans qui font des voyages et des balades ensemble. Le troisième Euripedes est anthropologue. Il étudie des tribus indiennes amazoniennes, qui vivent au-delà de Manaus, mais aujourd’hui il est en voyage.

Le Brésil est un pays très très peuplé. On s’en aperçoit dans tous les lieux publics et spécialement dans tous les restaurants. Tout le monde mange au restaurant tous les jours, voire à tous les repas. C’est beaucoup moins chers que de faire des courses. Et tous les restaurants sont immenses. Pas  de petites salles  tranquilles. Que des très grands espaces, des dizaines voire des centaines de clients tout le temps.

 

Le 8 février

Aujourd’hui chez Francesca je me repose un peu, un peu de lessive, quelques e-mails, un peu de rangement. Il y aura d’autres journées comme celle-ci, sans contrainte, à ne faire que ce que je veux, même rien. Je ne me repose quand même pas très longtemps et comme je suis super au point avec les bus je pars dans un autre coin de la ville me balader dans le" Parque Coco". C’est un parc assez sauvage, au bord du fleuve, avec trois ou quatre sentiers balisés,  dans cette ville de pierre. Il n’y a pas de promeneurs, (!) et c’est un parc assez petit. Je suis très surveillée par les gardiens. Je pense qu’ils sont cinq ou six à vélo ou à moto, avec des talkie walkie. Toutes les cinq ou dix minutes il y en a un autre qui m’attend. Amusant. Mais ça donne une idée de l’insécurité qui règne ici. Pourtant je ne me sens pas du tout en danger dans cette ville.

Ce soir je vais dîner avec Roberto dans un endroit incroyable. Au bout de la plage du centre-ville il y a le quartier des pêcheurs, les bateaux, le marché au poisson et ce restaurant. C’est un grand espace désaffecté, au milieu une piscine vide, tout autour des tables et des chaises en plastiques par dizaines. À l’entrée c’est comme un marché, on achète son poisson frais, après on dégote une table, et quand un serveur vient on lui indique la cuisson voulue. On est des centaines dans cet endroit. C’est sympa, et c’est bon. On discute des heures.

Pendant quatre jours avec Roberto à Fortaleza je vais faire le tour de la cuisine du Céara. Crevettes poissons, crabes. Et boire de la bière.

La bière au Brésil, qui est un pays chaud, très chaud, n’a rien à voir avec la bière qu’on brasse dans nos pays froids. Elle est très très légère, quasiment blanche, quasiment sans alcool. Tout le monde en boit des litres et des litres tous les jours. Les brésiliens ont inventé une petite chose d’usage quotidien qui étrangement n’existe pas chez nous, même dans le sud. Il s’agit d’une boîte isotherme qui a la forme de la bouteille de bière d’un litre, qui permet de boire de la bière fraîche longtemps. Indispensable ici. Etrangement  il n’y en a pas à Cayenne!

 

Le 9 février

Aujourd’hui nous allons Roberto, Wellington, et moi à la plage du Rio Coco. C’est une plage un peu plus sauvage et beaucoup moins fréquentée que celles proches de la ville. Wellington, on a du mal à comprendre comment un nom pareil peut-être aussi répandu au Brésil !, c’est un jeune gars de Parnaîba venu visiter Fortaleza. Alors, quand on va à la plage ici aucun rapport avec nos draps de bain et crèmes solaires. On arrive en fin de matinée, après avoir traversé des dunes, à un parking ombragé. Sur la plage le long du fleuve des tables, des chaises, des parasols en paille. Ici c’est un peu sauvage parce que il n’y a qu’un seul restaurant et que les bus ne viennent pas jusqu’ici ! En premier, on s’installe ou plutôt on s’attable. On commande des bouteilles de bière, et des trucs de la mer. Friture, crevettes, beignets de poissons. Histoire de dire on se baigne dans le fleuve et dans la mer. Et très vite c’est l’heure du déjeuner. Là, on commande plus sérieusement. De la Muqueca da arraia. Un plat typiquement brésilien la Muqueca, ce jour là de raie. Vers quatre heures tout le monde rentre dormir un peu et se mettre à l’ombre.  Fin de la plage. Quand tu as finis de manger il n’y a plus de raisons de rester à la plage. Sauf si tu es touriste.

Le soir je sors avec Francesca. On va écouter un concert de jazz dans un club B’n B. Alors là aussi rien à voir avec ce qu’on entend par club, ni par jazz d’ailleurs. En fait c’est un "clube" prononcez clubi, de banques. C’est comme un club med privé et en ville. Souvent c’est très grand genre un ou plusieurs pâtés de maisons. Dedans,  il y a tout en général, piscine, théatre, cinéma, restaurant, activités pour les enfants, magasins, et des gardiens bien sur. Une fois à Sao Paulo dans un clube j’ai du laisser mes empreintes digitales, la photocopie de mon passeport et j’ai été prise en photo juste pour pouvoir être invitée par un membre pour passer quelques heures à l’intérieur. C’est sûr on y est très en sécurité! Tu y passes tes week end, tes soirées, tes vacances même. Tu y as tes amis. Les enfants ont les fréquentations qu’il faut. Il y  des "clube" dans tous les milieux sociaux. C’est très étonnant, mais en fait on s’y sent bien comme chez soi. Là où nous allons ce soir avec Francesca c’est quand même assez classe. C’est de et pour des gens qui ont un travail en rapport avec les banques. Le concert est ouvert aux personnes extérieures. On commence par tournicoter dans le centre branché de Fortaleza pour aller manger dans une " churrasquaria".  C’est un restaurant de viandes grillés.

"La" churrasquaria  c’est le nom du barbecue en quelque sorte. Et c’est aussi le nom du repas servi : un énorme repas de viandes grillées. C’es assez spécial mais vraiment bien. Tu restes assis à ta place et les serveurs viennent toutes les deux minutes te donner de la viande grillée directement des braises à l’assiette, à volonté. Et tu manges  du bœuf surtout mais aussi du porc, des abats, des saucisses. Tout ça accompagné d’un immense buffet de  salade en tous genres et après d’un immense buffet de dessert. Avec de la  bière bien sûr, il n’y a quasiment pas de vin à table a Brésil. Quelquefois tu as même un carton biface vert et rouge, tu le poses à coté de ton assiette, coté vert le serveur t’amène à manger  sans cesse, coté  rouge il cesse.

Bon, ce soir c’est juste  un bon steak  avant le concert. Ensuite, à deux pas toujours dans le quartier  chic et branché on va au "clube". Ce soir c’est pas la même ambiance qu’au restaurant du marché au poissons! On écoute une bonne heure de musique brésilienne par un chanteur de charme très populaire.

Sympa.

Quand nous revenons chez elleFrancesca m’explique que nous sommes à deux pas de son quartier mais qu’on va faire un très grand détour pour rentrer. Il y a par là une favela et il nous  est impossible de la traverser. Trop dangereux. A Fortaleza comme dans d’autres villes du Brésil les favelas sont aussi à l’intérieur des villes. Les différents quartiers chics, très chics, classes moyennes et favelas, se touchent. Ce sont les classes populaires qui sont loin. Elle me dit qu’il y a une loi qui dit que : s’il y a un terrain libre sans murs, si tu réussis à construire une maison dans une nuit tu peux y rester. Les favelas dans les villes pousseraient comme ça. !

Elle me raconte aussi le dernier "assalto" dont elle a été victime. C’est à dire l’attaque, l’agression, qu’elle a subi il y a moins d’un mois. Elle était dans sa voiture quand elle s’est faite agressée. Un homme avec un revolver est entré dans sa voiture, l’a obligée à retirer de l’argent dans un distributeur bancaire, l’a emmenée à la sortie de la ville, l’a laissée là et est parti avec sa voiture. Elle a retrouvé sa voiture, ses papiers et tout ce que contenait sa voiture quelques jours plus tard.

Roberto m’a raconté quasiment la même histoire qui lui est arrivé récemment. Deux hommes avec des revolvers l’on agressé dans sa voiture pour la lui voler. Il a retrouvé aussi sa voiture,ses papiers et toutes ses affaires plus tard.

 

Le 10 février

 Ajourd’hui c’est dimanche. Avec Wellington et Roberto on fait la visite à pied et en voiture du centre historique de Fortaleza. En fait ici il faut dire "centre colonial". Tous les bâtiments coloniaux paraissent un peu décrépis, peints de couleurs vives ils sont tous plutôt pastels maintenant. Tiens il y a là un grand cinéma très vieux qui tous les ans propose un festival de film français. Le marché artisanal de Fortaleza est un des plus grands du Brésil, sur deux étages et le moins chers aussi. Tout un tas de trucs en paille, en graine, en sable, en aluminium, des hamacs, des fringues. Ensuite direction plage branchée, à l’autre bout de  Berra mar, pour manger donc! Ben oui au marché on a à peine grignoté des jus de fruits et des noix de coco. Aujourd’hui repas un peu plus haut de gamme, des huîtres, des crabes, du poisson, pas de langoustes leur pêche est interdite en ce maintenant pour cause de période de reproduction, et attablés comme nous sommes avec un spécialiste et défenseur  des gonades des crustacés il n’est pas question d’acheter une langouste aux pécheurs indélicats! Tout est délicieux!

Il y a un monde fou dans ces restaurants de plage, il n’y a quasiment pas de sable libre ne serait-ce que pour se balader sur la plage, avant au moins cinq cents mètres, ce qui d’ailleurs ne se fait pas du tout. Tout le monde vient en famille ou en bande manger à la plage le dimanche. Les pistes de danse derrière nous sont combles elles aussi.  Le bruit est assourdissant, sans compter le ressac de l’océan.  Personne ne se fait bronzer !

On finit par les glaces "du" glacier de Berra Mar. Effecivement ce doit être une bonne adresse  la queue est immense.  En quelques jours j’ai mangé absolument tout ce que propose la cuisine cereaense.

Le soir dernier repas avant de se quitter avec Francesca mon hôte et une copine/ collègue à elle. Sa copine est vétérinaire elle aussi. Elle a une clinique et se présente pour être directrice ou recteur de l’université. Pour l’instant les profs de l’université fédérale sont en grève depuis des mois. Ils ont une façon spéciale de fonctionner. Pour ne pas léser les étudiants les cours sont assurés, mais à d’autres heures que celles initialement prévues. Les profs grévistes font donc le double d’heures dans leur université. Les heures de grèves  à l’université mais sans étudiants et les heures  de cours plus tard. Les grèves sont très longues et le gouvernement fédéral ne les écoute pas. Leurs revendications sont nombreuses.

Bon on part toutes les trois manger dans un restaurant  un peu étrange. On reste en ville mais en fait le restaurant est dans une forêt. (!) Le restaurant est en plein air, des dizaines de tables, spécialité de churrasquaria, barbecue donc, et une piste de danse avec un orchestre. La particularité de l’endroit c’est qu’il y a des danseurs "professionnels" qu’on paye à la danse pour danser avec les  clientes !

 

Chez Francesca donc il y a des dames, employées de maison. Elles sont deux. Une jeune femme brésilienne qui habite à plus d’une heure de bus de la maison et qui vient tous les jours sauf le dimanche de 8 heures à 17 heures. En gros elle fait tout ici, sauf les courses, et surtout les repas. Comme tout le monde elle a  des fiches de paye, un logement, une famille, des enfants qui vont à l’école.

Et puis il y a une autre dame, Maria Térésa, très agée. Francesca me raconte sa vie et sa présence dans sa maison.

Au 19ème siècle les aîeux de Claudia  avait une "fazenda", exploitation agricole, vers Rio avec des esclaves venus d’Afrique. L’esclavage a été aboli au Brésil en 1898. A ce moment là, les esclaves n’avaient rien et beaucoup sont restés sur les plantations. Quand la grand mère de Francesca s’est mariée et est partie de la fazenda, pour suivre son mari, un ancienne esclave lui a donné une de ses filles, qui avait alors 12 ans. C’était la tante de Maria Térésa.  Ses autres enfants sont restés sur l’exploitation. Dont la future mère de Maria Térésa. Plus tard le père de Maria Thérèsa meurt, sa mère est malade. Maria Thérèsa et ses frères et sœurs vont dans l’école de bonnes sœurs qui les recueille. Lorsqu’elle atteint l’âge de dix ans elle doit en partir. Alors, la grand mère de Francesca avec laquelle se trouve la tante de Maria Térèsa la prend. Tous les autres frères et sœurs  iront chez un membre de la famille de Claudia. Tous ces enfants sont libres mais seuls et pauvres!

Maria Térèsa a donc dix ans quand elle arrive dans la famille de Francesca, elle en a  quatre-vingts aujourd’hui et y est toujours. Quand Francesca est née c’est  elle qui s’en est occupée, comme elle l’avait déjà fait pour son frère aîné. Elle restera  toujours chez les parents de Francesca. Quand sa mère meurt,  son père est malade et vient vivre chez Francesca, sa fille. Maria Térèsa qui vivait toujours avec eux aussi. Quand il meurt à son tour elle reste. Aujourd’hui elle est à la retraite. Mais sa retraite est trop petite pour pouvoir vivre seule. Alors elle reste chez Francesca. C’est sa maison. Elle a une chambre normale dans la maison, pas une chambre de bonne à l’écart. Elle ne travaille plus dans la maison. Elle vit là. Elle me dit qu’elle est triste d’être loin de sa famille qui habite à Rio. Elle ne s’est jamais mariée, n’a pas eu d’enfant. Elle restera là jusqu’à sa mort. incroyable non?

 

Le 11 février

Entre deux cours Roberto m’emmène a l’aéroport. Les brésiliens sont toujours très démonstratifs. Il n’est pas question de se faire des bises sur les joues, ni une ni deux ni trois ni quatre comme en France, c’est même assez mal vu et complètement incompris. Mais il faut se donner de grandes embrassades, avec les bras donc. Il faut se serrer plus ou moins fort et longtemps, selon la durée de séparation et de la proximité avec la personne. Ce sera le cas dans toute l’Amérique latine.  On se serre donc très fort et je m’envole pour Récife.C’est l’avion du milieu de journée en semaine, c’est le moins cher. Il est quasiment vide. C’est toujours le même avion omnibus qui va de Cayenne, à Salvador de Bahia en passant par Macapa, Bélem, Sao Luis, Fortaleza, Recife. Une petite heure de vol et me voilà à Recife. J’ai rendez-vous avec Emilio.

 

Pendant ce  voyage je suis hébergée chez des hôtes, des amphitryons des associations de voyageurs partout où je vais passer. Ils auront accepté de me recevoir c’est donc qu’ils ont envie de me rencontrer, d’échanger, que ça ne leur pose pas de problème de me prêter leurs commodités, douche, chambre, une prise électrique. Dans les maisons je ne ressens pas que je suis "invitée". Je ne me sens ni chez moi ni  pas chez moi, ni à l’hôtel non plus. Je suis mon chez moi. J’entre, je m’installe, pour quelques heures, quelques jours je fais mon chez moi ici où là, quelques mètres entre mon sac et moi et voilà. Je ne déballe jamais mes affaires. Mon sac est mon armoire privée, tout est dedans, bien à sa place. Je n’ai jamais besoin de mettre mes affaires partout. Bon c’est pas la première fois que je fais ça, j’ai l’habitude déjà, mais faut que ça se passe bien pour tenir comme ça tranquillement six mois chez les autres. En fait, les maisons ça m’est égal. Le décor, les affaires des gens chez qui je suis ne m’intéressent pas, je regarde pas en général. Je n’ai aucune envie de regarder les choses des hôtes. Je me pose dans un endroit un peu vide et cet espace là devient mon chez moi. Ca suffit, ça  va bien en fait. Bon si c’est confortable c’est mieux, c’est sûr. Je profite des maisons très facilement. Et voilà. Deux trois jours, trois quatre nuits c’est bien. Plus c’est trop, moins c’est un peu rapide et épuisant.

 

Je suis à peine partie, moins d’une semaine, que je ne pense plus, mais alors plus du tout, à ce qui était mon quotidien. Je réalise ça, là dans ce petit avion, où je me repose une heure, sans rien à faire ni personne à qui parler en portugais. C’est bien ça. J’ai vraiment mis un courant d’air dans ma tête.

 

3 Réponses à "1. Le journal de mes six mois de voyage. A Fortaleza.Première et deuxième maisons.Chez Maria. Chez Francesca."

J ai beaucoup aimé votre journal pour ces quelques jours a Fortaleza. Merci. J y vais aussi en janvier et vous me donnez envie d y aller! Bonne suite et continuez d écrire. Jean

Dites moi comment je peux rejoindre cette organisation de voyageurs?

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